Activité champêtre : un espace de détraumatisation et de résilience communautaire

Activité champêtre

Dans la région de Beni, marquée par des années de conflits armés, d’insécurité et de déplacements forcés, les communautés continuent de faire face à des traumatismes profonds affectant leur bien-être psychologique, social et économique. Consciente des limites des approches psychosociales classiques lorsqu’elles ne sont pas adaptées aux réalités locales, l’Union des Femmes Domestiques du Congo a mis en œuvre une initiative innovante au sein du groupe de parole de Ngadi. Cette initiative repose sur une activité champêtre de culture du maïs, conçue à la fois comme une activité génératrice de revenus et comme un espace thérapeutique favorisant la détraumatisation et la reconstruction communautaire.

Activité champêtre

Initialement pensée comme une activité agricole, la culture du maïs a progressivement pris une dimension sociale et thérapeutique. Elle est devenue un lieu de rencontre régulier où les bénéficiaires travaillent ensemble, échangent et recréent des liens sociaux fragilisés par les violences vécues. Le travail collectif permet de redonner un rythme quotidien structurant, de réduire l’isolement social et de renforcer le sentiment d’utilité et de dignité. L’environnement naturel du champ offre également un cadre apaisant, propice à l’expression des émotions et au soutien mutuel.

Le groupe de parole de Ngadi constitue le cœur de cette approche intégrée. Les séances de discussion sont directement liées aux activités champêtres, permettant aux membres de s’exprimer dans un espace sécurisant et moins stigmatisant qu’un cadre thérapeutique classique. Les échanges portent sur les expériences traumatiques vécues, les difficultés émotionnelles du quotidien ainsi que les stratégies individuelles et communautaires de résilience. Cette dynamique favorise la normalisation des émotions, la reconstruction de la confiance en soi et le renforcement de la cohésion communautaire.

Cette activité champêtre contribue également au renforcement du leadership et de l’autonomisation des femmes participantes. En prenant part aux décisions liées à l’organisation du travail agricole, à la gestion collective des récoltes et à la résolution des difficultés rencontrées, les membres du groupe développent des compétences en leadership, en communication et en prise de décision. Ces acquis favorisent une meilleure participation des femmes à la vie communautaire et renforcent leur capacité à défendre leurs droits et leurs intérêts au sein de leurs familles et de la communauté.

activité champêtre

Au-delà de l’aspect psychosocial, l’initiative intègre une forte dimension socio-économique. Les discussions abordent notamment la gestion des récoltes, le fonctionnement des AVEC, la planification des dépenses familiales et les stratégies d’amélioration de la sécurité alimentaire. Les récoltes de maïs contribuent à l’alimentation des ménages, génèrent des revenus complémentaires et renforcent l’autonomie économique des familles. Cette articulation entre santé mentale et moyens de subsistance renforce l’impact global de l’intervention.

À travers cette initiative, l’UFEDOC jette les bases d’un changement durable au sein de la communauté. L’activité champêtre ne se limite pas à une réponse ponctuelle aux traumatismes vécus, mais favorise une transformation progressive des relations sociales, basée sur l’entraide, la confiance et la responsabilité collective. En retrouvant un cadre stable et productif, les participantes développent une vision positive de l’avenir et renforcent leur capacité à faire face aux chocs futurs, tant sur le plan émotionnel qu’économique.

L’expérience du groupe de parole de Ngadi à Beni démontre qu’une activité agricole peut dépasser sa fonction première pour devenir un puissant outil de détraumatisation, de thérapie communautaire et de résilience communautaire. En combinant production agricole, espace d’écoute et solidarité communautaire, cette initiative portée par l’UFEDOC contribue à la reconstruction psychologique, sociale et économique des bénéficiaires. Elle met en évidence l’importance des approches holistiques intégrant les dimensions psychosociales et socio-économiques pour répondre durablement aux besoins des communautés affectées par les crises.

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